(Français) HISTOIRE DE MOGONG

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Mogong est un village peuplé essentiellement des Guiziga ou Giziga. L’ethnie guiziga fait partie intégrante des 42 ethnies mentionnées dans la carte des groupes humains de l’Atlas National du Cameroun et la carte « Populations » de l’Atlas Régional Mandara-Logone.

Les origines des Guiziga sont intimement liées à l’Histoire du royaume de Baguirmi et de Waday au Tchad. En effet, ces royaumes étaient païens. Quand ils passèrent à l’islam, les Guiziga se résolurent de les quitter. « Ils quittèrent donc le Baguirmi, traversèrent le Nord-Cameroun et pénétrèrent dans les Monts Mandara qu’ils descendirent du Nord au Sud jusqu’au massif de Gudul où ils se fixèrent quelques temps. Une nouvelle migration devait les amener de là sur le site qu’ils occupent depuis lors, à Rum où ils fondèrent le clan de la chefferie des MUTURWA »[1].

La migration à travers les siècles et le contact avec les autres tribus ont développé des mutations linguistiques de la communauté guiziga. Aujourd’hui, on distingue trois grands groupes : les Bi-marva (autour de Maroua ou Guiziga du Nord), les Bi-Moutourwa (autour de Moutourwa ou Guiziga du Sud) et les Loulou, habitant près du massif du même nom.

Les Guiziga Moutourwa sont issus de Gudur, près de Mokong, grand lieu de dispersion des ethnies Moufou et Mafa à cause de la conquête musulmane[2]. Buy Zlenger, de la famille Turua, aurait dérobé un objet totémique vénéré par sa tribu et émigré vers le sud en compagnie de son petit frère et d’un camarade. Le groupe qui accompagnait Buy Zlenger était composé exclusivement de ses proches parents. Selon les dires du chef de Lulu, ce groupe était plus important puisque de nombreuses personnes de la suite de Buy Zlenger s’arrêtèrent à Lulu et y s’y établirent, prenant par la suite le nom de Guiziga Malakotokom et Mukra en même temps que les membres de leur groupe de parenté habitant à Moutourwa. Cela se passait sous le commandement de Sirlaw, fils de Barlaw, deuxième chef de Lulu. Les Lulu occupaient dont leur territoire actuel avant que Buy Zlenger ne quittât Gudur.

Arrivé à l’emplacement actuel de Moutourwa, Buy Zlenger fonda « Rum » [3] (« plaine »). Il envoya son jeune frère enterrer l’objet sacré sous la montagne de Malakotokom avec pour mission de garder le kuli (assumer les fonctions de chef religieux) tandis que son compagnon s’installait à Masaplis (actuellement quartier de Moutourwa). Cela se passait il y a environ deux siècles, donc antérieurement à l’arrivée des Fulbés. Buy zlenger devait donner naissance à la lignée des chefs de Moutourwa : ‘‘Muturua ngi Buy’’ (« Guiziga Muturua du chef ») dont les fils devaient régner dans tous les villages de Moutourwa.

Le jeune frère de Buy Zlenger devait donner naissance à la lignée des Massai de Malakotokom (ce sont les Guiziga Muturua Malkotokom) : du compagnon de Buy Zlenger , installé à Masapliss, devait naître la lignée des Massai Yiwa (ce sont les Muturua ngi Massay Ywa).

FOURNEAU admet donc d’une part que les Guiziga se seraient installés au Nord-Cameroun à une époque récente, au temps de Buy Zlenger. On peut donc situer Buy Zlenger à la fin du XVIIe siècle ou au début du XVIII e siècle.[4]

De cette généalogie, de cette trajectoire, prend naissance le village Mogong il y a près de trois siècles.

Le nom « Mogong/Mugoŋ » signifie « fort » ou « qui rend fort ». Pour parler de Mogong, les anciens aimaient utiliser aussi le vocable « zuy » habituellement traduit par « humidité, fraîcheur ». C’est la symbolique de la paix, de la tranquillité. Mogong signifie donc « village qui rend fort et/ou village de paix ». Pendant les fêtes et réjouissances populaires, on a l’habitude d’entendre crier au rythme du tam-tam « Mogong glacé ! », autrement dit, « Mogong fraîcheur !», autrement dit : « Mogong, terre de paix !».

Mogong était habité en premier lieu par l’ancêtre Masikwa parti de Wuzal (localité située sur le flanc de la montagne de Loulou à 3 km de Mogong). Le Grand-Père Masay Magala était le parent de Masikwa. Après Masikwa vient Yaw Funatale, ensuite, Dubla Viya père de Sukay et puis, Wayni Vrabi celui qui fut le « maire du village Mogong », responsabilité assumée par son fils Sinata Wayni, mort en 2016. Dans ses débuts, Mogong était alors commandé par Wuzal.

Vers la moitié du XIXè siècle, le Lamido de Moutourwa, issu des ‘‘Muturua ngi Buy’’ a envoyé son fils le nommé Yonki, régner comme chef traditionnel à Mogong. L’actuel chef de Mogong est Haman Yallah. Il est au trône depuis 1982. Le village Mogong n’a jamais subi l’occupation des fulbés comme les autres villages environnants. Mogong et Mayel-Ngaïma sont deux villages voisins. Cependant Mogong fut habité avant Mayel-Ngaïma. Quelques années, 5 ou 10 ans après cette ère, un peulh est venu habiter à Mayel-Ngaïma. A cette époque, Mayel-Ngaïma était commandé par Mogong et les peulhs petit à petit vinrent de Damay pour peupler Mayel-Ngaïma. Mogong compte en 2018 près de 3000 habitants.

LE CLIMAT. Tout le pays guiziga s’inscrit dans une zone climatique et botanique « Soudano-Sahélienne », caractérisée par une longue saison sèche jadis de 7 mois mois de nos jours d’environ 8,5 à 9 mois ; une saison des pluies de mi-mai à mi-octobre dans le passé mais actuellement, de juillet à septembre et quelques fois, au mois d’octobre. Dans la région de Maroua en général dont Mogong fait partie, les précipitations annuelles sont de l’ordre de 800 mm réparties sur environ 75 jours pluvieux. Le contexte local actuel présente des précipitations annuelles de moins de 700 mm. Des variations annuelles peuvent survenir, tant dans le total que dans la répartition des précipitations. Les variations surtout sur le plan de la répartition des précipitations ont des répercussions graves, voire catastrophiques sur les cultures. Les températures sont élevées (parfois jusqu’à 50° en mars-avril). Les mois les plus frais sont décembre et janvier.

LES SOLS. On y trouve des sols argileux, sableux et caillouteux. Les cultures possibles sont les céréales : le mil de saison des pluies, le sorgho de saison sèche et le maïs. La culture de rente qui est le coton, les légumineuses : arachide, niébé, vouandzou…

HYDROGRAPHIE. Les lignes d’eau qui arrosent le village Mogong partent du mont Loulou. Les Mayos de Mogong (Mizaw Wayni, Mizaw Glaw) sont temporaires. Jadis lorsque le climat était encore propice, ils enregistraient une pluviométrie autour de 800 mm. Ils se transformaient souvent en torrents au cours de la saison des pluies, mais sont complètement à sec pendant une grande partie de l’année.

[1] Jaouen R., L’Eucharistie du mil, Karthala, Paris, 1995, p.25.

[2] Op.cit, 142.

[3] Pontié G., Les Guiziga du Cameroun septentrional, l’organisation traditionnelle et sa mise en contestationORSTOMN, 65 Paris, 1973.

[4] C. COVRNARIE- -FOURNEAU : « Notes de tournées dans la subdivision de Kaélé » D. 1937.